Le 16 février dernier les étudiants du Mastère CIVS se sont rendus en visite dans plusieurs domaines Bourguignons. Notre première étape nous a conduits au prestigieux domaine du Clos des Lambrays, sur la commune de Morey-Saint-Denis. Malgré le froid persistant qui s’est installé sur la Bourgogne depuis quelques semaines l’ambiance s’est vite réchauffée grâce à l’accueil chaleureux de Monsieur Thierry Brouin. Dans le très beau jardin du domaine, sous la ramure d’un cèdre bicentenaire, le gérant et œnologue du domaine nous a régalé de sa bonne humeur et de sa grande connaissance du vignoble bourguignon. Les vielles bâtisses du domaine ont rappelé à nos jeunes esprits que le Clos des Lambrays a une longue histoire derrière lui. Monsieur Brouin s’est fait plaisir de nous la rappeler.
C’est en 1365 que, pour la première fois, est apparu dans les titres de l’Abbaye de Citeaux le nom d’une parcelle de vigne située au « Cloux des Lambrey ». A la révolution Le Clos des Lambrays a été divisé entre 74 propriétaires différents, et a changé plusieurs fois de mains au cours des XIXè et XXè siècles. Telle une belle endormie le domaine conserva un charme certain mais n’a pas toujours bénéficié des soins dus à son rang. Il a toutefois été classé en Grand Cru par un décret du 27 avril 1981. Pour anecdote, ce fut le dernier décret signé par le premier ministre de l’époque Raymond Barre.
L’année 1996 sera décisive dans l’histoire du Clos des Lambrays. Le Domaine devint la propriété de Günter et Ruth Freund, un couple allemand qui connaissait et appréciait la Bourgogne depuis longtemps. Günter Freund était à cette époque Chevalier du Tastevin depuis déjà plus de 20 ans et il a ensuite été promu commandeur en 2002. Passionné de vin ce dernier était en outre le meilleur client du domaine, avec en moyenne une caisse commandée par semaine ! Nul doute qu’il aimait faire découvrir ce climat exceptionnel à ses amis. Les époux Freund ont mis tout leur cœur et leur passion dans la restauration des bâtiments, et ils ont beaucoup investi dans le vignoble. Monsieur Freund est décédé en novembre 2010 avec sans doute la satisfaction d’avoir redonné tous son lustre à ce joyau du patrimoine viticole bourguignon.
En ce qui concerne la production le domaine produit un peu de Puligny-Montrachet ainsi qu’un Morey-Saint-Denis en appellation communale et en Premier Cru. Mais il doit sa renommée à son monopole sur le Grand Cru éponyme du Clos des Lambrays. J’ai dit monopole ? Je voulais dire quasi-monopole. En effet le domaine des Lambrays n’a plus le droit de revendiquer la prestigieuse mention de monopole, et ce depuis qu’un vigneron du voisinage a reconverti quelques ares de son potager en vigne pour produire sa propre cuvée du Grand Cru. Philosophe, et même un peu caustique, Monsieur Brouin s’amuse de cette situation, qui contribue au caractère inimitable du vignoble bourguignon.
Après cet intermède historique nous nous sommes rendus dans la cuverie. Une fois de plus nous avons pu constater que tradition et modernité font très bon ménage en Bourgogne. Table de tri, cuves thermo régulées, pigeur pneumatique et soins constants de l’équipe de production assurent une qualité optimum. Mais la technique la plus pointue ne serait d’aucune utilité sans de très beaux raisins. Ces derniers, quand ils sont issus du fameux Clos (qui est réellement muré) proviennent d’une parcelle idéalement placée sur la fameuse bande en milieu de coteaux de la Côte de Nuits. Ils sont entièrement vendangés à la main et sévèrement triés. S’ensuit une vinification en grappes entières et une cuvaison de 15 à 18 jours, un pigeage quotidien et un élevage de 18 mois en fûts de chêne renouvelés à 50% chaque année. Une rigoureuse sélection est effectuée sur les raisins provenant des 7 hectares du Clos, certaines cuvées ou parties de cuvées étant “repliées” en Morey St Denis ler Cru.
Ces données pédagogiques acquises nous avons pu conclure notre visite du domaine en beauté par une très belle dégustation. A notre plus grande surprise celle-ci a débuté par… un rosé ! Monsieur Brouin a en effet tenu à nous faire découvrir la Rose du Clos, issu des saignées du pinot noir, et qui s’est révélé être aussi frais que charmeur. On oublie trop souvent que la Bourgogne produit d’excellents rosés, comme par exemple à Marsannay, et il n’y a aucune raison d’en rougir…. Snobisme quand tu nous tiens ! Nous ne nous sommes évidemment pas arrêtés en si bon chemin, et sous les voutes du caveau du 18è siècle est arrivé le moment que nous attendions tous : la dégustation du Grand Cru Clos des Lambrays. Celle-ci s’est faite avec les millésimes 2009 et 2008. Je laisse à mes collègues œnologues le soin de commenter cette dégustation, mais je peux vous révéler ceci ; les deux vins nous ont séduit par leur personnalité et leur grande élégance. On peut dire qu’ils sont à l’image du climat et des gens qui les font : généreux, complexes et dotés d’un grand caractère.
Pour terminer cette visite il convient de rappeler les propos qu’aurait tenus Monsieur Drouin (il est fait usage ici du conditionnel car nous les tenons de David Duban, vigneron dans les Hautes Côtes et ami du gérant du domaine des Lambrays) : « le cœur de la Bourgogne c’est la Côte d’Or, le cœur de la Côte d’or c’est la Côte de Nuits, le cœur de la Côte de Nuits c’est Morey-Saint-Denis, et le cœur de Morey-Saint-Denis c’est le Clos des Lambrays ! »
D’aucun pourront contester cette affirmation, mais une chose est absolument sure : au Clos des Lambrays, du cœur, on n’en manque pas.
Maxime






















